Texte, danse et chant s'entremêlent pour une relecture contemporaine et radicale du chef-d’œuvre de Molière.
Synopsis
Fidèle au texte original, Mekhitarian le propulse dans un décor contemporain, où Alceste devient un jeune homme des quartiers populaires confronté à l’hypocrisie d’un monde artistique bourgeois.
Refusant les faux-semblants et les jeux de pouvoir, Alceste cogne avec ses mots et sa sincérité brutale dans une violence destructrice. Mais sa colère, aussi légitime soit-elle, finit par se retourner contre lui. Ce qu’il combat, il finit par le reproduire à sa manière.
Alceste aime Célimène alors qu’elle incarne tout ce qu’il rejette. Il l’aime avec violence, avec fièvre. Et c’est par l’expérience de cet amour blessé qu’il vacille et finit par réussir à se déconstruire.
Tigran Mekhitarian ne cherche pas à opposer deux mondes, mais à les faire se regarder : banlieue et bourgeoisie, vérité et violence, orgueil et solitude. Ce Misanthrope devient alors le récit d’un homme en lutte avec lui-même, apprenant que la violence n’est pas une réponse et que l’autre n’est pas une menace, mais une rencontre possible.
L'avis de la rédaction
Moi je veux me fâcher et ne veux point entendre !
Moderniser un classique. Une grande tendance actuelle.
Depuis quelques années, beaucoup s'y sont frottés, pas mal s'y sont piqués.
Oui mais comment garder l'intérêt d'un public insensible aux alexandrins ? Lui faire entendre le texte sans le perdre dès les premiers vers ?
Car tout ce qui n'est pas prose ....
Ce spectacle là est clivant. Certains vont l'aimer, d'autres moins.
Les puristes vont-ils être embarqués ? Ce serait une victoire pour Tigran Mekhitarian, jeune homme aux nombreux talents, grand amoureux de Molière, qui a mis la barre très haut avec une de ses pièces les plus emblématiques, et porte le jogging du héros malheureux.
Depuis 10 ans, il s'est approprié Dom Juan, Argan, Scapin.
Et son kiff, qu'on se le dise, c'est de faire entendre leur langue au présent.
Ce pari-là est gagné, sans conteste !
Car la bande de comédiens qui entoure Alceste nous fait entendre le texte de manière limpide. Que l'on connaisse ou non la pièce, les enjeux et les intentions sont clairs, l'histoire prenante.
Et si Alceste ne fait plus à présent partie de cette bourgeoisie qu'il méprise, mais devient un jeune comédien des banlieues, sa colère et sa sincérité restent intactes.
Amour, rejet de l'autre et de sa différence, les enjeux ne sont-ils finalement pas toujours les mêmes ?
Certaines scènes nous ont particulièrement séduits, telle la dispute entre Philinte - formidable Soulaymane Rkiba - et Alceste, ou la célèbre et réjouissante prise de bec entre Célimène - épatante Clémentine Aussourd - et Arsinoé -flamboyante Isabelle Gardien -
Dans le décor parfait de l'intérieur bourgeois et frivole de la belle mondaine, les personnages mixent brillamment hier et aujourd'hui, rap, slam et alexandrins. L'Éclatante Marine, Félicien Juttner, Vénus Yaffa et Etienne Paliniewicz sont les parfaits bourgeois, fêtards et insupportables que l'auteur n'aurait pas reniés.
On pourra regretter un vocabulaire parfois injurieux qui vient se glisser au milieu des mots de Molière. Une surenchère, bien inutile, qui n'apporte rien à la colère d'Alceste.
De même l'interaction avec le public, superflue, et qui casse l'harmonie de l'ensemble.
Car le spectacle qui se joue sur la scène du théâtre Antoine n'a pas besoin de cela pour nous convaincre, sa qualité et sa créativité suffisent !
Sylvie Tuffier