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Affiche pour L'Avare

L'Avare
(4.5/5)

Du 1 novembre 2025 au 23 novembre 2025

Clément Poirée se risque à revisiter cette comédie « en mode radin » pour interroger ses résonances au temps de la décroissance, aujourd’hui où les valeurs sont renversées.

Synopsis

Sur scène, une troupe en slip devant des étagères vides. Tout le monde est là, les interprètes mais aussi l’équipe artistique qui habituellement œuvre dans le secret des répétitions. Ils n’attendent que le public et ce qu’il voudra bien leur donner. Objets en tout genre, vêtements, fruits et légumes, bijoux, instruments, trombones, boutons, cafetières… tout est bon ! C’est grâce à votre générosité (ou malgré votre pingrerie, c’est aussi drôle) que la représentation s’inventera sous nos yeux, comme sur une place de village.

Un happening chaque soir différent.

L'avis de la rédaction

« Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme »

On ne présente plus l’Avare, certainement la pièce la plus connue de Molière, avec le célèbre monologue d’Harpagon.
Depuis sa création, cette farce géniale a été jouée et rejouée, dans tous les styles, par des générations entières d’interprètes.

Mais comment être innovant et surprendre avec un tel classique ?

Clément Poirée et la troupe de la Tempête répondent avec une mise en scène originale et inattendue, s’appuyant sur la radinerie d’Harpagon que les personnages déplorent tout au long de la pièce.
En effet, les interprètes nous accueillent dépouillés, sur une scène aux allures de halle vide, matérialisant ainsi les effets de l’humeur du maître de la maison sur sa famille et ses serviteurs.
On demande aux spectateurs d’apporter des dons, de toutes sortes.
Vêtements, nourriture, objets, luminaires, tout est bon. C’est grâce à cette générosité que l’ensemble des costumes, des accessoires, des lumières, et même de la musique, seront créés sur le moment. Les acteurs et actrices se les approprient et offrent à chaque représentation une nouvelle version de cette pièce que l’on pense connaître par cœur.
Tout se passe à vue : les artisans du son, de la lumière et les costumiers sont de la partie et improvisent pendant que l’intrigue se noue.

Le démarrage est confus : on ne sait où regarder tant toutes et tous s’activent devant nos yeux.

Mais progressivement, on entre dans ce ballet original où tout est à découvert.
Le texte si familier se pare de surprises et de fantaisie, à mesure que les personnages entrent et sortent de plus en plus vêtus et ornés pour répondre aux enjeux de la scène.
Le plaisir du bon mot n’est absolument pas gâché par cette belle mécanique, la langue et les tournures de Molière étant bien respectées. On retrouve le style du classique tout en donnant à chacune et chacun l’occasion de se le réapproprier.

Le spectacle est total, à la fois devant, en fond de scène, voire parfois dans le public !
L’esprit de la farce habite la salle et procure une énergie folle à l’ensemble.
Ça cabotine avec les atours dont les spectateurs auront bien voulu se départir.

On découvre un Harpagon (John Arnold, hilarant) tyrannique, dont on se moque avec délectation. On s’esclaffe devant les manœuvres hardies d’une Frosine survoltée (Anne-Elodie Sorlin, géniale). On s’amuse avec tous les personnages que compte la pièce. Les interprètes rivalisent d’inventivité pour exploiter chaque miette de ce qui leur a été apporté avec brio.
Même si l’ensemble est un peu long (2 h 20 sans véritable entracte), on ne voit pas le temps passer en si bonne compagnie.

Foncez découvrir cet exemple de recyclage merveilleux, tout en habileté, pour notre plus grand plaisir.

On en ressort avec beaucoup plus que ce qu’on a donné.

Thomas Benatar

Théâtre de la Tempête

Installé à La Cartoucherie, dans le Bois de Vincennes, le Théâtre de la Tempête est dirigé par le metteur en scène Clément Poirée. C'est un lieu de création qui défend un théâtre d'art et d'essai, avec une attention particulière aux écritures contemporaines et au travail de troupe.

Route du Champ-de-Manœuvre
75012 Paris

Photo pour Théâtre de la Tempête