Comédie satirique qui aborde la place que le public occupe, ou plutôt celle qu’il n’occupe pas, dans le débat démocratique.
Synopsis
Ce soir, dans l’assistance, personne n’y comprend plus rien.
Comment Frédéric, maire écologiste, agriculteur, jeune père de famille, engagé, rêveur, recyclage, circuit-court, pistes cyclables et festival de musique débranchée… bref, comment Frédéric a-t-il pu décider seul, et dans le secret, du déploiement de la dernière génération d’antennes-relais partout dans la commune ?
L'avis de la rédaction
Le jeune maire d’une petite commune, exploitant agricole avec son beau-frère, et tout juste père d’une petite fille, voit sa vie s’écrouler quand la décision d’installer de nouvelles antennes relais lui est imposée par la région.
Les citoyens-spectateurs sont présents pour une assemblée exceptionnelle visant à voter pour ou contre le déploiement de ces hideuses tours, néfastes pour le paysage et la santé de tous.
Ils veulent surtout comprendre pourquoi le maire, jusqu’ici adversaire farouche du projet, a finalement cédé aux injonctions de l’Etat et des opérateurs téléphoniques.
Le sujet est lourd, complexe et nous met face à nos contradictions.
L’écriture est fine, beaucoup moins attendue qu’elle ne peut le laisser envisager au premier abord.
Elle n’esquive au contraire aucun obstacle et s’amuse à les souligner. C’est rythmé et efficace pour interroger notre rapport à la démocratie et au collectif.
En une heure et demie, le spectacle brasse une quantité impressionnante de sujets, du plus trivial au plus profond, toujours avec la même énergie.
Grinçante, dynamique et drôle, la mise en scène rivalise d’idées pour casser un monotone exposé ou un simple récit rapporté. Le choix de raconter l’histoire dans l’histoire, dans la diégèse de laquelle le public existe, est une bonne idée qui soutient le rythme, bien qu’il y ait quelques longueurs.
L’esprit de troupe est très efficace pour multiplier les personnages et les mises en situation.
Que l’on passe d’un étage à l’autre d’une mairie de campagne empêtrée dans un cauchemar administratif, ou que l’on assiste à une saisie par huissier semblable à un ballet, on ne peut que se laisser porter par la vive énergie du collectif et leur belle écoute.
Le violon s’ajoute à certains moments pour proposer une approche tour à tour plus dramatique ou poétique. Le jeu est maîtrisé et subtil, sans en faire trop, avec des performances d’acteurs qui s’approprient tout le plateau.
Le décor est constitué de deux panneaux sur lesquels sont parfois projetées quelques images fugaces. L’imagination fait le reste, grâce à la grande implication des comédiens et des comédiennes.
Le message est fort et bien passé. Il s’appuie de plus sur une initiative inspirante : une distribution de monnaie solidaire, les Petites Coupures, permettant d’avoir des réductions sur des achats dans un réseau de partenaires engagés, à l’issue du spectacle.
Pour qu’il ne reste pas que de simples mots, mais qu’il soit suivi par des actes.
Thomas Benatar