Scènes d'intérieur
Projet qui mêle le cinéma et le théâtre au service d’une performance filmique.
Synopsis
La pièce présente deux récits croisés qui, en réalité, n’en forment qu’un seul.
Le premier met en scène quelques heures de la vie de Chloé, une actrice d’une quarantaine d’années, sur le point d’interpréter Nora dans Une maison de poupée d’Ibsen.
Elle vit dans un milieu aisé, avec un mari en apparence irréprochable et leur fils de cinq ans.
Le second récit nous ramène à l’adolescence de Chloé qui a grandi dans un environnement très modeste, entourée de ses frères et soeurs, et d’une mère victime de violences conjugales.
Le texte d’Ibsen agit ici comme un fantôme, qui traverse et hante les deux époques et permet d’interroger ce qui, dans le passé, continue à modeler le présent.
L'avis de la rédaction
J’essaie en général de ne jamais écrire à chaud. Il est important pour moi de laisser retomber ce qui me traverse pour partager au plus juste. Mais je pense que ce spectacle demande une exception.
Sortir d’une pièce en étant en apnée c’est rare.
Avoir le coeur au bord du plateau, ressentir chaque émotion au creux de son être, être tellement avec les personnages que le souffle se coupe, avoir du mal à applaudir quand la lumière se fait parce que le temps de récupération est trop court, et puis ne plus s’arrêter de rappeler les comédiens sur scène pour des saluts parce qu’on se dit que c’est une prouesse, que c’est fort, que c’est puissant, et que même si ça nous a mis l’âme à genoux il est important de dire BRAVO, et MERCI.
Non je n’ai pas vu ça souvent, et il est important de le souligner.
Certains aimeront la mise en scène, d’autres non, certains penseront que c’est une citation d’Ibsen étrange, d’autres diront que c’est juste, certains seront touchés par la cinématographie, d’autres diront que ça n’a pas sa place au théâtre, tout sera valide selon les points de vue, mais ce qui est sûr, et joyeux, c’est que ça donnera lieu à des discussions nécessaires.
Je pense que tout le monde s’accordera à dire que ce spectacle a sa place et qu’il est important. Oui il est dur à regarder, car la violence en héritage c’est dur à digérer. Mais il contribue à nous faire comprendre qu’il est TEMPS d’en parler. Temps de donner à voir, à comprendre, à sentir, à entendre, pour faire enfin VRAIMENT bouger les choses.
Après on ne pourra plus dire « on ne savait pas », « on ne comprend pas », « pourquoi ne part-elle pas? ».
Mais on dira je comprends, je t’accompagne, je ne juge pas, je suis là, je t’aime. Et ça c’est terriblement important. Changer la honte de camp. Faire la lumière. Accompagner décemment.
Mon dernier mot sera pour les comédiens. Formidables. Puissants. Profonds. Terriblement justes.
Je ne citerai pas tout le monde, sinon la critique serait trop longue, mais je soulignerai quand même largement le jeu de Marie Denardaud. C’est si brave de faire ce parcours sur scène tous les soirs, c’est si fort. Et puis elle est si terriblement juste. Jamais trop. Sur la ligne. Sans dévier. Incroyable.
Quant à Arthur Igual, il joue avec précision un personnage qui nous prend à la gorge. Un jeu coup de poing pour lequel j’ai un profond respect.
Depuis mon bureau, à l’abri, chez moi, le souffle retrouvé, j’écris touchée et pleine d’espoir car c’est un spectacle qui sans aucun doute fera bouger les lignes. Et pour ça, à tous, je dis MERCI.
Jennifer Guillet