Pour un oui ou pour un non
Nathalie Sarraute démonte sous nos yeux le mécanisme de déconstruction d’une vieille amitié, à partir d’une simple réplique devenue culte : « C’est bien…ça !
Synopsis
C’est souvent d’un rien que partent brouilles et guerres.
Le langage devient une arme insidieuse, creusant le fossé d’une rupture absurde, dont nous devenons les témoins privilégiés.
Une petite tragédie du quotidien que le théâtre transforme en comédie jouissive !
Après Enfance, Tristan Le Doze poursuit au Poche l’exploration de ce grand auteur du XXème siècle.
L'avis de la rédaction
Deux hommes. Un plateau. Une parole. Des non-dits. Des silences. Des interprétations. Et le méandre de nos pensées livrées au monde.
Nathalie Sarraute tricote l’humain pour en sortir le beau, le laid, les inconsistances.
Et Tristan Le Doze suit le fil de cette parole avec beaucoup d’intelligence, permettant à ses acteurs le silence, l’être, la respiration.
Le plateau est presque nu. Il s’anime par un jeu de lumière subtile, fait intervenir de façon surprenante le public, et puis convoque, sans artifices, le théâtre de nos intérieurs.
Que se passe-t-il en nous? Doit-on passer sous silence des élans pour épargner l’autre? Qu’est-ce que c’est penser? Être? Il me semble que la mise en scène interroge aussi le Je et le JEU. Qu’est-ce que c’est être acteur finalement ?
De déambulation en bons mots, les comédiens nous embarquent dans une balade au fil de notre conscience.
Gabriel Le Doze, force tranquille et profonde, illumine le plateau d’un savoir-faire théâtral presque artisanal. Quelque chose de moderne, de classique aussi, de précis dans les émotions, et d’incroyablement poétique.
Bernard Bollet, déroule les pensées de son personnage en maniant l’art du silence, de la pause, comme je l’ai rarement vu faire avant. Il nous aspire à lui, nous emmène plus profond dans les méandres intérieurs de son personnage, et lorsque l’on croit enfin l’avoir saisi, il se joue de nous avec brio.
Anne Plumet se dépose sur la pièce comme un oiseau, nous permettant de reprendre notre souffle face à cette amitié qui s’effrite doucement.
Un bien joli moment de théâtre, pour un texte surprenant et diablement intelligent.
Jennifer Guillet