Quand une élève prend conscience que son professeur n'a pas tous les droits.
Synopsis
Depuis quelques temps, Lola ne dort plus.
Mais si elle veut devenir une grande contrebassiste et ne pas décevoir Philippe, son enseignant, elle n'a pas le droit à l'erreur.
Elle décide alors de chercher d’où viennent ses troubles du sommeil… Cette quête la poussera à déconstruire une relation d'emprise dévorante.
Entre paroles et musique, Mentor questionne le rapport professeur/élève au sein des formations dites d'excellence et nous entraine dans un tourbillon émotionnel.
L'avis de la rédaction
C'est pour ton bien !
Emprise : influence dominante qu'une personne exerce sur une autre, affectant sa liberté de pensée et d'action.
Certains spectacles nous vont droit au coeur et "Mentor" est de ceux-là.
Une histoire comme il y en a trop et qui résonne très fort.
Lola a choisi - ou plutôt n'a pas choisi - le violoncelle, instrument imposant, complexe et qui demande de vraies capacités physiques. Combien de jeunes vivent le rêve de leurs parents, de la société, au détriment des leurs ?
Elle intègre une prestigieuse école de musique, et le stress fait désormais partie de sa vie.
Son professeur, tout d'abord charismatique et encourageant, devient manipulateur, et dérape de plus en plus dans un comportement inacceptable.
Il a beaucoup en commun avec les pervers narcissiques, qui sévissent souvent impunément, ayant une grande virtuosité dans la manipulation et le mensonge.
Lola, heureuse au début d'être mise en valeur, subit le chaud et le froid du manipulateur, perd le sommeil, ainsi que ses repères.
Lara Aubert nous raconte cet épisode douloureux de sa vie de jeune femme, avec une simplicité, une sobriété et une sincérité qui font mouche.
Car il n'y a aucun pathos, aucun surjeu dans ce qui se joue sur la scène du Studio Hébertot.
Bénédicte Budan construit une mise en scène fluide, dans laquelle les tableaux se répondent, déroulant le fil des évènements, limpides et implacables.
Les quatre comédiens, tout en retenue, sont d'une grande justesse.
Autrice, musicienne et comédienne, Lara Aubert a choisi d'interpréter le personnage de Lola, aussi à l'aise dans le jeu qu'aux commandes de cet instrument imposant, presque un personnage à part entière, qu'est la contrebasse.
Naturelle, spontanée, elle nous emmène dans les épreuves qu'elle traverse. Tout d'abord inconsciente de ce qu'elle subit et puis .....
Celui par qui le malheur arrive, Alexis Desseaux - dont on se souvient de la brillante interprétation de Kean - distille son venin avec une habileté machiavélique. Il nous enveloppe d'un malaise croissant et parfaitement maîtrisé. Sans jamais forcer le trait !
Sandrine le Berre, habituée des écrans, est très convaincante dans ce rôle de mère aimante, bancale et maladroite, elle-même victime - ceci explique souvent cela - mais finalement prête à tout pour sa fille.
Nicolas Biaud-Mauduit est le psy qui propose plutôt qu'il n'impose sa vision, accompagnant Lola dans son chemin vers la liberté. Montrant ses failles, avec humour et légèreté, le comédien est le parfait contrepoint des autres personnages.
Un magnifique témoignage de résilience, un tourbillon d'émotions qui, entre paroles et musique, nous accroche dès la première minute pour ne plus nous lâcher.
Un coup de coeur !
Sylvie Tuffier