Jérusalem
Un récit poignant où l’intime rencontre l’universel, où l’Histoire façonne les destins et où la réconciliation émerge, fragile, mais possible.
Synopsis
Shahid doit quitter sa maison à Jérusalem.
Le tribunal a statué : les clefs reviennent à Delphine Lachance, fraîchement arrivée de Montréal et unique propriétaire reconnue.
Une décision brutale qui scelle leur rencontre sous le signe du rejet et de la colère. Mais en ce jour d’éclipse solaire, un phénomène inexplicable bouleverse leur affrontement.
L’âme de leur deux ancêtres refait surface, les entraînant dans un voyage vertigineux à travers le temps et l’espace. Possédés par ces vies oubliées, Shahid et Delphine traversent les époques, du ghetto de Varsovie aux guerres israélo-arabes, de la Shoah à la Nakba.
À travers ces fragments d’Histoire, ils découvrent les douleurs enfouies, les exils forcés, les espoirs brisés, et les liens invisibles qui les relient au-delà des frontières et des générations.
L'avis de la rédaction
Prodigieux!
À l’instar des personnages de cette histoire, on ne ressort pas indemne de Jérusalem au théâtre des Mathurins.
Delphine et Shahid sont opposés dans une lutte juridique acharnée pour la maison que ce dernier habite depuis des décennies à Jérusalem.
Le tribunal a tranché. Il a perdu et elle vient depuis le Canada prendre possession de son domicile.
Alors que tout semble les séparer, une éclipse solaire va faire ressurgir chez eux les esprits de leurs ancêtres qui leur raconteront leurs parcours respectifs et le lourd héritage que porte cette demeure.
Ismael Saidi et Ines Weill-Rochant sont tout simplement bluffants.
Sur une scène presque dénudée, nous ne voyons pas deux interprètes, mais bien quatre personnages.
En un simple mouvement et avec un accent sans failles, ils donnent vie à leurs aïeuls avec maestria.
Les transformations sont fluides et s’intègrent dans chaque scène naturellement.
Avec une mise en scène efficace appuyée de quelques lumières et musiques discrètes, leurs récits nous plongent dans le passé, avec un écho terrifiant à notre présent.
Le sujet est très difficile et complexe à aborder. Cependant, cette pièce parvient à trouver le ton juste, avec une histoire forte, sans concession, et sans jamais tomber dans le pathos.
Elle évite invariablement cet écueil, nous présentant avec une sincérité touchante les portraits de ces personnes prises dans la tourmente de l’Histoire.
En cette période trouble où la haine ressurgit et semble toujours gagner, où l’on se définit toujours plus par ce qui nous sépare que ce qui nous rassemble, Jérusalem est une parenthèse unique, un instant volé à l’air du temps.
Un rappel que parfois, on fait un pas vers l’autre qu’on ne connaît pas ou que l’on ne comprend pas, parce qu’au fond, on partage une même douleur et un même besoin d’amour.
Ce pas est le premier du chemin qui mène à la réconciliation.
Thomas Bénatar