La première mise en scène de Jean Pierre Jeunet au théâtre !
Synopsis
À l’image de Cyrano qui s’interdit d’aimer et d’être aimé en retour, Cyrana rejette toute tentative d’approche parce qu’elle se croit aussi désirable que de l’eau non potable.
Complexant sur ses fesses, elle compense sa libido par l’intellect et l’engagement humanitaire.
Les rôles sont inversés : Cyrana aide son amie Chris à séduire Axel.
L’épopée d’une jeune femme autour de laquelle une foultitude de personnages vont se bousculer pour donner vie à une intrigue passionnée, où l’humour et la tendresse ne sont jamais loin.
L'avis de la rédaction
Il est difficile de s’aimer soi-même. Encore plus quand le monde nous rejette pour notre apparence.
Juliette Wiatr fait le pari surprenant d’adapter Cyrano de Bergerac, le légendaire personnage d’Edmond Rostand, en le féminisant, à notre époque, et en y ajoutant sa touche de fantaisie personnelle.
Dans ce seule en scène qui tient du numéro d’équilibriste, la comédienne incarne une dizaine de personnages, sans le secours du moindre accessoire. Mimiques, tons de voix et postures suffisent à faire exister la bande de l’association « Vivre autrement » à travers une performance théâtrale sans faute. Avec un jeu passionné et engagé, Juliette nous plonge dans le quotidien de ces hommes et de ces femmes qui gravitent autour de Cyrana.
Elle, complexée par son corps et surtout son derrière, se fait marcher dessus par tout le monde, et rêve d’idéaux et de romans.
À la croisée d’une Amélie Poulain et de son modèle dont elle prend le nom féminisé, elle veut aider les autres, sans jamais penser à elle-même.
À l’instar du truculent bretteur, elle ne manque ni de répartie, ni de verve, servant de jolis mots avec quelques répliques inspirées de Rostand bien trouvées.
Mais, elle n’ose les dire à voix haute et se voit répondre oui à tout sans jamais rechigner, même si cela la met dans l’embarras. Il faudra l’arrivée d’Axel, un amour en apparence inaccessible, et de Chris’, la blonde en apparence parfaite, pour la faire sortir de sa chrysalide et lui permettre de s’accepter.
On retrouve les scènes emblématiques du dramatique Cyrano comme la tirade du nez ou la scène du balcon, transposées habilement dans cet univers avec humour.
La mise en scène de Jean-Pierre Jeunet avec Pierre-Louis Gallo donne de belles images, grâce à un travail son et lumière appliqué. On aurait pu s’attendre à quelque chose de plus onirique et d’un peu moins sage de la part du réalisateur.
Pourtant, on reste assez terre à terre, au plus près de son personnage et de son quotidien.
C’est cependant dynamique et rythmé et on multiplie sans économie les situations et les décors. La comédienne habite l’ensemble du plateau et en use pleinement pour donner vie à son environnement.
On ressort avec une douce leçon sur l’affirmation de soi et le refus des injonctions actuelles à la perfection des corps.
À la fin de l’envoi, elle touche.
Thomas Benatar